Mémoire
Shiatsu ou l'équilibre Corps - Esprit

S H I A T S U

Shiatsu : “Méthode thérapeutique consistant à appliquer les doigts
par pression sur certains points du corps”
. Larousse.

Shiatsu : de SHI : doigt et ATSU: pression.


“La pression des doigts fait jaillir la vie”.
T. Namikoshi

Pour un Occidental bien ancré dans ses certitudes et ses convictions médicales, il ne fait aucun doute que la médecine allopathique et chirurgicale est de loin la plus sûre et la plus efficace en matière de traitement des maladies. Les maladies sont dues à une déficience organique et ou physiologique, et il est tout naturel pour le médecin d’ordonner des traitements médicaux et/ou chirurgicaux pour remettre en état l’organe ou la fonction déficiente.
Un médecin prescrira des anxiolytiques et de antidépresseurs à une personne déprimée, de l’aspirine à un migraineux, de la cortisone à un malade souffrant de rhumatismes, etc. Le médicament va cacher le symptôme pendant un certain temps, et quelques semaines plus tard, le même patient retournera consulter son médecin pour les mêmes troubles ou pour un syndrome plus alarmant. En toute bonne foi, le médecin appliquera à la lettre ce que la Faculté lui aura enseigné, et souvent, son traitement sera efficace.
Avec la Médecine Traditionnelle Chinoise, on découvre peu à peu un monde nouveau, une nouvelle façon d’appréhender le vivant, non plus “ponctuellement” mais plutôt globalement. On ne voit plus les parties séparées d’un tout, mais le tout englobant les parties; ces mêmes parties étant en interdépendance totale entre elles. Le tout est l’ensemble des parties, mais la somme des parties est bien plus que le tout !
Et c’est toute une façon de vivre qui change: les visites chez le médecin se font de plus en plus rares, on se tourne vers des thérapeutes pratiquant d’autres médecines, des homéopathes, des ostéopathes, des acupuncteurs...
Le corps n’est plus le corps, mais un corps-esprit ou encore, un esprit corporel. Notre vocabulaire s’enrichit de mots nouveaux: essences, énergie, souffle, méridiens, etc.
Des mots chinois ou japonais émaillent notre discours :
“QINI, SANJIAO, LAOGONG, JITSU, KYO etc...” Sans avoir jamais foulé le sol du soleil levant, nous voici familiarisés avec des façons d’être chinoises ou japonaises. On se surprend à observer notre interlocuteur, son teint, sa façon de se tenir, de marcher.On devine derrière leurs paroles un être vivant plein de ses différences et de ses similitudes avec nous. Nous découvrons que, gommé tout ce qui fait notre individualité et notre personnalité, cet être humain qui nous fait face fait partie comme nous de la grande roue cosmogonique, du tout éclaté en milliards d’éléments; cet autre qui me regarde est à la fois un autre que moi et mon double, mon autre moi-même.
Microcosme/macrocosme : ce qui est dans chacune de mes cellules est le reflet de l’univers; c’est comme un vertige existentiel qui nous prend comme quand on se perd et que l’on a peur de basculer dans le néant,dans l’infini d’une nuit étoilée un soir d’été quand la nuit est zébréee d’étoiles filantes.


Shiatsu, pression des doigts, contact, toucher, intimité avec le comment et le pourquoi d’un mal-être chez notre patient, le souffle de l’un synchronisé au souffle de l’autre, respiration confondues pour un partage donneur/receveur. Tout l’art de l’attention dans cette “prise en compte” du corps de l’autre. Apprendre à “prendre soin de l’autre”, reconnaître ses vides, ses pleins, ses tensions, ses sensations. Le SHIATSU est pour moi une façon merveilleuse d’approcher l’autre dans sa souffrance, dans ses manques, dans les dérives fonctionnelles de son ‘corps-esprit”. Il m’a permis d’appréhender mon propre corps, de rencontrer des parties de mon corps rarement explorées : la plante des pieds, la paume des mains, le crâne, les angles unguéaux des doigts et des orteils par exemple.
Après deux années de pratique, j’ai appris à apprivoiser des zones (les lombes, le dos, la nuque, l’abdomen), des points particuliers (les tsubo), des mouvements (étirements). Le SHIATSU est un cadeau pour celui qui le reçoit, mais également pour celui qui le donne. En effet, quelle jubilation de pouvoir par ces pressions précises faites avec une force mesurée, pleine d’attention et de respect à l’autre, à la fin de la séance quand le receveur, comblé de ce don a retrouvé une plus grande joie de vivre !
Jour après jour, j’apprécie de plus en plus d’avoir la chance de pouvoir donner, offrir, par une simple pression de mes doigts et quelques étirements un bien-être évident à un parent, un ami ou un patient en souffrance. Un patient atteint d’un cancer de la mâchoire a tenu à recevoir un SHIATSU une fois par semaine pendant sa chimiothérapie. J’ai pratiqué un ampuku (shiatsu du ventre) à chaque séance pour harmoniser les trois foyers, et un massage très doux des membres supérieurs et inférieurs et de la plante des pieds. A la fin de chaque séance, il se sentait tellement détendu et moins anxieux que son visage était transformé. Un ami qui souffrait d’un lumbago a vu une nette amélioration après la première séance et la disparition de la douleur après plusieurs autres séances. Il continue régulièrement de recevoir des soins en prévention.


Une amie qui souffrait d’un abcès dentaire a vu ses douleurs disparaître presque complètement après vingt minutes de soins, notamment la pression des points du visage (méridien de l’estomac), et a pu se faire soigner par son dentiste sans prendre d’antalgique. Une séance de moxibustion sur des points appropriés a soulagé mon fils qui souffrait d’un torticolis, sans toutefois supprimer la douleur; une deuxième séance lui a permis de récupérer sa mobilité cervicale.

Yin Yang - Aube Midi Crépuscule Minuit . Shiatsu


Su Wen : “Soyez comme celui qui plonge son regard au
fond de l’abîme,
que votre main soit comme si elle allait saisir
un tigre pour le vaincre,
et l’esprit ne se dispersera pas.
Car c’est le regard que vous portez sur le
malade qui permet la régulation de ses esprits.
... si on la voit bien, on fera circuler aisément
les souffles avec aisance”.

La qualité du regard, de l’attention du donneur reflète celle du coeur, la concentration intérieure, et la dirige vers le patient.
Tous ces moments restent imprimés en moi avec une joie profonde et un émerveillement renouvelé à chaque soin donné, m’extasiant devant des résultats inespérés. Résultats qui peuvent prouver à nos esprits cartésiens que ce qui ne peut pas toujours s’expliquer peut quand même “marcher” et soulager des douleurs en même temps qu’il permet de relativiser la souffrance.
Le SHIATSU est pour moi une aide au vivant; vivant en tant que participe présent, c’est -à-dire l’être étant, dans le mouvement, en devenir-vivant-étant. Tout le mystère du souffle, du pneuma qui donne vie et la fait croître dans un éternel renouvellement.

Le “donneur” de SHIATSU doit être un artiste. Un virtuose connaissant parfaitement sa partition; un artiste qui, par l’art du geste, va pouvoir toucher, ouvrir, libérer les différentes énergies, et restaurer ainsi par leur harmonisation, cette trame énergétique, ce Yin primordial qui est la base essentielle que nous possédons tous et qui subit les assauts mortifères du corps. Le Yin, la base énergétique, le lieu de l’action; Le Yang : le mouvement, la création du multiole dans l’un. Le Yin et le Yang, c’est la vie, dans un éternel ballet de l’Un à la dualité et de la diversité à l’Unité. Toutes les traditions orientalistes nous parlent de cette dualité née de l’Unité n’ayant de cesse d’y retourner. Ce UN, ce point qui est TOUT.
Et en touchant le corps de l’autre, nous vénérons la Vie en lui, nous lui prêtons attention, nous prenons soin de lui. Le toucher juste va aider l’autre à accepter la vie en lui aux différents endroits de son corps physique, le “touchant” en même temps dans ses “corps” psychiques et mentaux, et lui apportant la paix du coeur.
Un SHIATSU bien donné recentre, rétablit l’harmonie et permet à la paix de s’installer. Le merveilleux d’un “bon” SHIATSU, c’est qu’en touchant un seul point du corps, par cette approche holistique,nous touchons le corps-esprit dans son “entièreté”.
Dans notre civilisation, qu’elle soit occidentale ou orientale, le stress, les conflits en tous genre, les guerres, le bruit, perturbent l’équilibre fragile de l’être humain, en particulier ses structures énergétiques. Nous, les habitants des cités, avons perdu le contact vivifiant avec la nature, modèle toujours parfait et instructif pour notre façon d’être.
Nous ne prêtons plus “attention” à l’herbe que nous foulons; le chant d’un oiseau ne nous interpelle plus, et nous restons centrés de tous nos neurones sur nos problèmes du moment.
Un SHIATSU, donné par une personne bien concentrée sur son hara, bien reliée à la Terre et au Ciel va faire revenir le patient sur l’Ici et maintenant. Chaque pression va parler à son corps-esprit; libre à lui de l’entendre et de vibrer à l’unisson de la Vie qui circule en nous, à travers nous, au-delà de nous.
En Médecine Traditionnelle Chinoise, la maladie naît du déséquilibre des balances énergétiques, du Yin et du Yang. La loi des cinq éléments (ou mouvements) nous montre q’une émotion peut perturber un organe ou une fonction: par exemple, la colère blesse le foie qui ne pourra plus nourrir le coeur; une saveur peut fragiliser un organe cible qui à son tour ne pourra pas assumer ses fonctions.


Les cycles Sheng et Ke nous montrent que tous nos organes et entrailles sont reliés entre eux ; ils sont interdépendants.
Le corps humain étant une globalité psycho-somatique, un trouble affectif peut engendrer un problème physique et inversement, un traumatisme du corps physique, du soma, peut entraîner des réactions émotives et/ou affectives. Chaque déséquilibre a sa contrepartie : un vide d’un côté engendre une plénitude de l’autre. Ayant été amenée à pratiquer un SHIATSU à une jeune femme atteinte d’un eczéma atopique sévère avec un prurit important qui la rendait angoissée, insomniaque, tendue, nous nous sommes rendu compte qu’au fil des séances, même si l’eczéma persistait, son esprit se détendait, elle dormait mieux, sa respiration reprenait de l’ampleur et les démangeaisons diminuaient aussi. L’examen montrait une fatigue dès le matin, un état de nervosité latent. Nous avons repositionné la respiration, première source d’énergie, l’énergie de l’air. Nous l’avons conscientisée, d’abord dans l’expiration, en vidant consciemment les poumons au maximum, afin de laisser le plus d’espace possible à l’air nouveau, et pour que cet air nouveau pénètre le plus loin possible dans le Poumon qui, avec l’aide de la Rate va nourrir le corps physique et énergétique dans son ensemble, permettant la réparation de la peau . Tout ceci pouvant se faire grâce aux “processus vitaux”, tenant compte de toutes les formes d’énergie, qu’elles soient défensives, droite, vitale etc... L’énergie Yin nourricière et l’énergie Yang défensive pouvant alors assumer leurs fonctions respectives.
Quand on étudie la circulation énergétique sur un cycle de vingt-quatre heures, on se rend compte que notre corps dans son entier participe à travers toutes ses parties à l’équilibre harmonieux du Tout et des parties elles-mêmes.
Et quand on sait qu’à chaque organe correspond un aspect psychologique et mental, on peut alors apprécier cette globalité parfaite et immuable qui soutend chaque chose, du plus dense au plus subtil, tout étant relié.
Notre jeune femme allergique apprit à écouter son corps, et à l’aide des séances de SHIATSU et de relaxation, à prendre du recul par rapport à sa souffrance, selon l’adage : “la douleur est obligatoire, la souffrance est facultative”.

Quand un patient à la pression d’un point ressent une douleur, cette douleur, si nous savons l’“écouter”, pourra nous parler et nous dire quel est le fonctionnement erroné qui l’a provoquée.
Maladie = mal à dire... La maladie est une lettre que le corps nous envoie pour nous dire : “attention! tu me maltraites, regarde tes fonctionnements”. Il est connu que l’on passe souvent plus de temps chez son garagiste à faire vérifier le moteur de sa voiture, à vérifier les niveaux des liquides, plaquettes de freins, qu’à faire attention à nos propres fonctionnements dans la vie de tous les jours. Nous avons oublié que notre corps est le véhicule de notre incarnation, et que sans lui, nous ne serions pas, et qu’avec un véhicule poussif, le chemin peut s’averer cahoteux et insécure. Le SHIATSU va pouvoir servir de “contrôle de notre véhicule”, de révision. De temps en temps, la route monte, la côte peut être plus ou moins raide et le moteur de notre corps-esprit doit être bien huilé, bien entretenu pour passer le cap; les freins doivent fonctionner à la descente, et la direction parfaite pour négocier les virages plus ou moins serrés de nos existences.
Le SHIATSU est une très belle façon de re-découvrir notre Moi, et au-delà, notre véritable nature. Il nous permet de redéfinir nos limites, nos besoins, nos attentes, sachant que tout est parfait, que ce qui est EST, et qu’à partir de là,notre seule responsabilité est d’“adhérer” à la route, au chemin de vie qui à chaque instant se dévoile à nos yeux, les yeux du corps aussi bien que les yeux du coeur et de l’esprit.

K. est venue me voir, car depuis deux ans elle souffre de dépression. “Je pleure tout le temps, je n’ai plus envie de quoi que ce soit, je suis désespérée.” me dit-elle.
Au début de la séance, un retrait instinctif me prévient que c’est peut-être la première fois qu’elle se laisse toucher. Je ressens cette peur chez elle de permettre àl’autre de toucher à son intimité...
Je le lui fais doucement remarquer et continue les pressions. D’abord le dos, endroit plus neutre que le reste, pour apprivoiser sa corporéité, sachant que la matière corporelle ne peut être dissociée de sa matière psycho-affective et mentale.
Peu à peu, je sens K. se détendre, accepter cette main, ce pouce qui la touche. Elle permet à cette énergie qui vient de moi via les pouces de pénétrer en elle, à calmer son anxiété; les tensions lâchent comme une carapace fondant sous les assauts bienfaisants du soleil.
Bien centrée sur cette énergie qui émane de moi, je ressens cette communion du donneur et du receveur, ce “donner-recevoir” qui est la règle du jeu de la Vie; car, sans donneur, pas de receveur et inversement.
K. a fermé les yeux, ses traits sont détendus. Je peux harmoniser les méridiens Yin et Yang de main et de pied, les étirer. K. se laisse faire, en confiance en moi et en elle, accueillant cette énergie qui nous traverse et la libère de ses tensions. Le SHIATSU lui permet de se re-lier à la Terre et au Ciel, tel l’arbre qui fait le pont entre le plus profond de la terre et l’au-delà de l’espace.
Je termine par un SHIATSU du visage; légères pressions qui lui permettent enfin de “dia-loguer” (dia=à travers) avec toutes ses enveloppes, ses corps, du plus grossier au plus subtil.
Plus tard, rentrée chez elle, elle me téléphonera et m’avouera avoir chanté à gorge déployée durant le trajet de retour !
Je sais que le SHIATSU n’est pas la panacée, mais je suis convaincue qu’il est une aide merveilleuse à l’adaptation vivifiante de notre être en tant que corps-esprit-âme. Chaque soin, qu’il soit donné ou reçu, me donne l’occasion de me “rebrancher” à la source, de permettre à l’autre de retrouver sa dynamique personnelle, ses aspirations premières, et un bon équilibre énergétique aidant à la bonne santé du corps-esprit.
Un SHIATSU associé à une relaxation, à une alimentation correcte, à une bonne gestion des affects, nous permet d’avoir ce que j’appelle une bonne “prise de Terre”, avec la nature, avec les autres, avec nous-mêmes, et avec ce qui est notre essence même, ce MOI-JE, indissociable du tout autre, de réconcilier notre Yang individuel dans le Yin, trame énergétique du monde visible et invisible.
Le SHIATSU met en lumière le trouble, il le révèle, et par là, lui donne la liberté d’exister, pas seulement dans la tête, mais dans l’attention vigilante du corps “parlant”, de ce corps pris comme l’intermédiaire entre notre inconscient et notre conscient? Sachons être à l’écoute attentive de ce corps-témoin, de ce corps-phare afin que les marées intempestives ne nous fracassent point sur les écueils de la rive de nos vies. Que notre démarche soit consciente et créatrice, nous “obligeant” à être dans une relation consciente aux autres et à soi.


Conclusion

Ces deux années de formation à la pratique du SHIATSU sont une étape importante dans ma vie de thérapeute et dans mon quotidien. Chaque instant, chaque jour me transforme, m’ouvre à d’autres possibles; chaque expérience de vie dérange un ordre à peine établi; elle bouscule, peut tout ravager sur son passage, nous briser, nous faire perdre des repères chèrement acquis. Mais, chaque étape dépassée est une véritable jubilation, et nous offre un présent toujours renouvelé: le Nouveau. Le Nouveau sans cesse changeant comme les vagues sur l’océan, qui à peine brisées sur le rivage, permettent à d’autres de naître. Pour terminer, je voudrais dire que le SHIATSU et à travers lui, la pensée chinoise, la Médecine Traditionnelle Chinoise, m’a appris à ne plus juger, à dépasser les notions de Bien et du Mal et de les inclure dans une dynamique de changements, de processus, de devenir. Même si je dois me protéger des accès de violence d’une personne agressive, je saurais à quoi m’en tenir et à ne pas la juger, mais, à travers ses actes, reconnaître la dysfonction physiologique qui la dépasse. “Autres temps, autres moeurs !” dit le proverbe : selon le temps (l’époque), les conjectures du moment, telle personne peut faire la bête ou devenir l’ange, sachant qu’en chaque ange sommeille une bête et qu’un ange dort dans la bête !

 

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